LES PORTS DE MAC ORLAN : HAMBOURG.

Publié le par pierre escaillas

 

 

 

  

Les grands armateurs et les grands commerçants de Hambourg possèdent chacun autant de ciel que la fumée de leurs paquebots ou de leurs cargos peut en couvrir. C'est un ciel fragile du Nord et quand un rayon de soleil le casse d'une fêlure dorée, il peut laisser entrevoir des divinités marines surprenantes, mais d'une parfaite honnêteté . . .
A Hambourg, comme dans tous les grands ports, les races les plus diverses se mêlent sans se connaître. Chacune d'elles, grâce au gris du ciel, y affirme son caractère particulier. Un noir n'est jamais plus noir qu'à Hambourg et les fruits exotiques qui ornent les vitrines des boutiques du marché de Sankt-Pauli offrent vraiment, dans leurs formes, aujourd'hui familières, les secrets domestiques de l'Orient.


 






















Avant de se confier au canot automobile qui vous conduira jusque dans l'embouchure de l'Elbe, il est bon de flâner dans les rues du vieux Hambourg et de s'accouder longuement sur les anciens parapets qui font songer à ceux de Bruges ou d'Amsterdam. Cette ville étonnante est parmi les plus beaux livres d'images qu'un Européen, lié étroitement et par goût au sort de son Europe, puisse feuilleter. Mille détails peuvent servir de point de départ à un roman : une jeune collégienne qui précède sa bonne devant les barques du marché aux poissons, parmi les innombrables mâts d'Altona, la ville holsteinoise ; un vieux monsieur au visage parcheminé qui fume sa pipe devant sa maison, rue Herrlichkeit ; une subtile odeur d'opium sur l'eau du canal Sainte-Catherine ; une silhouette d'une grande fille blonde devant sa machine à écrire, rue Stein ; un nègre trop élégant devant la Chilehause. Mais que dire de la Seemanstrasse où se groupent les plus belles boutiques de shipchandlers que l'on puisse espérer. Je ne connais rien qui puisse donner à l'aventure une forme plus séduisante que ces magasins, de forme tombée en désuétude, qui sentent la peinture de marine et où l'on trouve des biscuits et des costumes de scaphandriers coupés à la dernière mode.

Pierre Mac Orlan.
Filles d'amour et ports d'Europe.
Ed. Gallimard.

Publié dans P. MAC ORLAN

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article