LES PORTS DE MAC ORLAN : ANVERS.

Publié le par pierre escaillas




D'un côté il y a Memling, Van Eyck, Bosch, Broederlam, Van der Goes et les autres de la collection du chevalier Florent van Estborn, par ailleurs il y a l'Escaut et son estuaire qui rappelle l'Elbe dans la direction des lumières de Flessingue. A Anvers un noir frileux, nettement en chômage, qui mange une orange au coin de la rue de l'Ecluse, rend déjà hommage à celui qui le peindra. Le port est là, despotique et sonore, à moitié caché par un docker qui compte ses sous en jurant par tous les Nondedju de milliard de nondedju !  C'est une nouvelle Carthage, encore plus nouvelle que celle de Georges Eekhoud.
Les ports du Nord, comme Anvers, Hambourg et Amsterdam, sont difficiles à définir, car leur visage secret est extraordinairement mobile. Tout ce que l'on peut dire sur Anvers est à peu près exact. C'est la qualité des villes hanséatiques où l'imagination passe en franchise.
Mais si l'on désire une eau du Nord, c'est entre Anvers et Hambourg qu'il faut mener sa mélancolie en laisse. La mélancolie ne paie pas de droits. Pour cette raison elle ne connaît pas la contrebande. A Anvers, les sirènes de l'Escaut conduisent les cargos à travers les prairies de l'estuaire. Elles appellent les fantômes des légendes marines au grand complet. Dans tous les guides sérieux vous trouverez les noms de ces fantômes.

Pierre Mac Orlan.
Quais de tous les départs.
Chroniques recueillies par Francis Lacassin.
Editions Phébus.

Egalement Les Carnets de la Licorne sur http://lalicorne.canalblog.com

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