MOUILLAGE A DEMERARA.

Publié le par pierre escaillas


          A peine sorti du Pot au Noir, Louis Chadourne aborde Demerara, en Guinée Britannique ( maintenant Guyana et sa capitale Georgetown ). Ciel de plomb, chaleur, humidité, rivage au loin : l'illustration est de Marylou Descure.

                                                                                           M. DESCURE

 


 

MOUILLAGE


           Ciel nuageux presque blanc. On étouffe. L'eau à chaque coup d'hélice devient plus trouble, plus épaisse. Elle est zébrée de longues moires. Quand on se penche sur le bastingage, une vapeur brûlante vous monte au visage. De larges taches affleurent des bas-fonds, pareilles à des moisissures grises.
           Chaleur visqueuse. Sensation d'huile tiède sur la peau.
           Des coulées violettes.
           Nous mouillons maintenant dans un immense désert plat, pâle et triste. La tête est lourde; les tempes bourdonnent. Nous sommes en vue de la rivière et il faut atteindre le flux.
           La mer est devenue jaunâtre. Quand on a jeté l'ancre, des traînées de vase ont affleuré, puantes.
           Au loin la terre : une mince ligne d'arbres et de maisons au ras de l'eau.
      .....La réverbération de l'étendue lamine les paupières au fer rouge. La mer semble bouillir. Le ciel s'est foncé. Il passe au bleu noir; marbré de grosses poches blanches, éparpillées. Cette ligne noire : Demerara, l'Amérique. Pas une ombre. Un lent roulis. La calotte de plomb sur le crâne et les tempes.
 

Louis Chadourne.                                                                   
Le Pot au Noir, Mouillage.
Editions La Table Ronde.

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Publié dans L. CHADOURNE

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