ORIENT EXPRESS

Publié le par pierre escaillas

 

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Une fois n'est pas coutume et notre poète-voyageur de service va prendre le train. Mais pas n'importe lequel : l'Orient Express.
Mai 1890. Pierre Loti fait un court séjour à Istanboul. Du journal de ces quatre journées sera tiré un récit : Constantinople en 1890. Mais le journal est beaucoup plus détaillé que le récit.
Pour Loti ce sont quatre journées parcourues à cent à l'heure. Il va à la rencontre du Grand-Vizir sur l'Ile aux Princes, revient et se rend sur la tombe de "sa chère petite" Aziyade puis va fumer le narguileh dans quelque vieille rue surplombant la Corne d'Or avant d'être convié à l'Ambassade de France pour être ensuite invité par le Sultan au Palais d'Yeldiz où il se rend en grande tenue avant de coiffer un fez pour rejoindre à cheval le vieux Stamboul et y passer la nuit avec une jeune fille d'origine grecque : "Oh l'étrange belle créature, qui semble plus altérée d'amour que moi-même"...
Quelle santé !...
Le 15 mai il embarque en compagnie de l'Ambassadrice, la comtesse de Montebello, à bord de l'Orient Express qui va le ramener à Paris.


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15 mai 1890.

Le train longe tout Stamboul, du côté sud, sur la rive de Marmara. Au crépuscule il arrive dans les vieux quartiers morts, dans les ruines avoisinant Yedi-Koulé. Voici les grands remparts majestueusement funèbres, dans lesquels on a fait une brèche pour nous laisser passer. Quel renversement de tout, être en chemin de fer, en élégante et joyeuse compagnie, dans un pareil lieu !
Parmi ces ruines avoisinant les grands remparts de Stamboul, il y a une vieille petite mosquée, croulante, l'air abandonné ; mais son minaret porte la couronne de feux du Ramadan, - petits lampions qui viennent de s'allumer, et brillent tristement comme des lucioles de cimetière, au milieu de cette désolation où nous passons si vite, dans le crépuscule bleuâtre. Nous sommes attablés à la salle à manger, troupe cosmopolite rangée sans ordre aux tables pour le souper, quand cette petite mosquée triste nous montre son illumination inattendue dans ce site funèbre.
( ... )
Nous nous enfonçons très vite dans la plaine désolée, sombre, déserte. Comme cela me paraît étrange, à moi qui ai connu ce lieu du silence si plein de dangers dès la tombée de la nuit, comme cela me paraît étrange, de m'y engager ainsi ; en train rapide, dans une sécurité complète ...
Et je regarde fuir derrière nous la haute muraille fantastique, découpée en silhouette noire sur le ciel crépusculaire ...

Pierre Loti
Cette Eternelle nostalgie, Journal Intime.
Edition établie par MM. Vercier, Quella-Villéger et Dugas
aux Edition La Table Ronde.

orient-express-copie-1.JPGPhoto P.E.

 


Publié dans P. LOTI

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