EQUATEUR
Phelps Morane poursuit sa route vers le Brésil et l'Argentine. Après avoir longé un temps l'Afrique,
"La côte, très lente, semble glisser,
se détacher
entre l'horizon profond et la mer
sans fond.
L'Afrique plate et monotone
pour moi bourdonne
d'un étrange ruit de tam-tam
énervant et aigre." . . .
le navire atteint enfin l'équateur :

Le ciel, la mer, la mer, le ciel,
et le roulis
qui, très lent berce à peine notre peine,
et le soleil
qu'on n'ose pas voir. Hautain, meurtrier,
Il fait de la mer un lac d'émeraudes.
Le ciel, la mer, la mer, le ciel,
et le sentiment éternel
que tout se mêle,
qu'il n'y a plus d'eau, qu'il n'y a plus d'air,
que l'océan n'est plus amer,
que l'air n'est plus impondérable,
que le bateau vogue dans l'air,
que les nuages voguent dans l'eau,
que le soleil flotte là-haut
au milieu des eaux en dérive.
L'océan, le ciel, plus de rives
plus de repères dans le ciel ni dans la mer,
ni dans le temps ni dans l'espace.
Une immobilité qui passe
laissant chaque instant hors du temps
présent.
Roulis, roulis à l'infini
sur l'océan inaltérable
des sentiments inexplicables
et fuyants.
Le ciel la mer, très lentement
roulent le bateau qui roule sur l'eau.
A travers l'epace, à traver le temps,
roule le bateau , roule mollement
entre l'air et l'eau.
Phelps Morane
Départs et Escales