MOUSSON.

Publié le par pierre escaillas

 

Novembre 1901. Marcel Schwob écrit à "sa Marguerite adorée", Marguerite Moreno. Embarqué sur la Ville de la Ciotat, de la Compagnie des Messageries Maritimes, il traverse l'océan Indien. 

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Depuis trois jours de petits nuages pâteux encombraient l'horizon;  le soleil se couchait rouge derrière des découpures de zinc noir; l'océan Indien de saphir clair devenait vert bouteille et la Ville de la Ciotat peinait contre la mousson. "Espérez un peu, m'a dit le vieux matelot, et vous verrez". J'ai vu. Le ciel est une calotte de plomb; l'air est fait de vapeur chaude; tout suinte l'humidité tiède et écoeurante, les vêtements, les fauteuils de pont, les rampes d'escalier, la lisse du bastingage; une affreuse lumière blanche et terne déversée sur une mer presque noire : c'est un jour de pluie dans la mer des Indes. Elle est venue à onze heures, cette pluie, comme un torrent qui crépiterait, comme un déluge à travers un crible; les gouttelettes frappaient la houle subitement aplanie comme de la grenaille étincelante : c'était une moire sombre saupoudrée de sucre. Et cette moire s'étendait jusqu'à l'horizon, à travers un voile fait de hachures liquides et pressées. Par cette trame, je voyais, de temps en temps s'élancer un poisson volant comme un long lingot d'argent; ses ailes humides battaient au ras des vagues et, au bout de quelques secondes, il replongeait dans un petit tourbillon d'écume. 

                                              Marcel Schwob. Le Voyage à Samoa.

Et aussi "Les Carnets de la Licorne" : http://lalicorne.canalblog.com/

Publié dans M. SCHWOB

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