LA MER

Publié le par pierre escaillas

          La mer rencontrée par Hubert Masi et le Dumont d'Urville n'est pas celle qu'on voit danser le long des golfes clairs...Non, elle écume, bave, déferle, se creuse, enfle et soulève le navire qui déjauge de l'avant, s'ébroue et retombe lourdement. Un mur d'eau noie les ponts et aveugle la passerelle. Quelques secondes d'un calme relatif et tout recommence. Fatigue générale du navire et de son équipage. C'est encore loin Vancouver ?



 


LA MER


S'il y avait sur la mer des arbres et des épices,
Des femmes et des enfants courant sur le gazon
Le fil de nos étraves dans un feu d'artifices
Ferait jaillir des fleurs, d'abondantes moissons


Nous referions le cap, la route buissonnière
Le sable s'ouvrirait sur les quatre saisons,
La plaine ensommeillée d'un manteau prisonnière,
Les taillis accueillants au temps des frondaisons


Et nous musarderions entre deux grosses vagues
Mamelons caressés par les doigts de Phébus,
Posant l'ancre au hasard sans crainte d'échouage
Jetant tout aux orties, libres de nos vertus


Mais au lieu de cela, pingres plutôt braves,
Ignorés des vivants, nègres parmi les morts,
Sur le désert rageant, crachant couvert de bave
Nous cherchons à tâtons l'aire du prochain port.


Aspirés par un trou, dégurgités par l'autre,
Impuissants au malheur malgré nos automates,
Utilisant sans joie le nectar des Apôtres
L'oubli nous vient parfois et efface les dates.


Que faudrait-il au moins pour qu'arrive l'aurore,
Brille le soleil clair, s'entrouvrent les nuées,
S'enchantent nos esprits et s'enflamment nos corps ?
Qu'enfin à Vancouver cesse la traversée.


                             Hubert Masi, sur le Dumont d'Urville
                   Pacifique Nord, 12/77.


      Photo Pierre Escaillas.



Et aussi "Les Carnets de la Licorne" : http://lalicorne.canalblog.com/ 








 

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