Jeudi 22 avril 2010
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15:31
Nous avions laissé Phelps Morane à l'équateur, en route pour Rio de Janeiro et Buenos-Ayres. De là, par
avion, il rejoint le Chili puis l'Equateur d'où il s'embarque pour New-York via le canal de Panama.
PASSAGE DU CANAL

Ecluses. Des portes
silencieuses, fortes,
tournent sur d'invisibles gonds.
Rien qui grince, pas un bruit. Tout glisse
sans hâte, sans trève,
cependant que monte du fond
ce long remous qui nous soulève,
paquebot de vingt mille tonnes,
sur l'eau lisse
qui se plisse
et tourbillonne.
Nous montons
sur l'onde
profonde
qui gonfle.
Tours, signaux, turbines;
de courtes machines
qui roulent sur rails
nous entraînent, lentes,
remontent la pente,
font leur travail
sans aucun bruit.
Seules les chaudières du vaisseau ronflent,
le géant inactif bougonne et suit.
Mince zone du Canal,
civilisée,
basse, rasée, motorisée,
étroit chenal.
Mais là, tout près,
sauvage et jamais vaincue,
aux aguets, infranchissable,
immobile et implacable,
règne la jungle éperdue
dont la perfide verdure,
tendant son filet fatal,
saisit ceux qui s'aventurent
et sous mille morsures
sûrement les tue.
Telle qu'on la voit du pont
elle n'est que masses vertes
qui s'assoupissent inertes
sous l'étincelante malédiction
du soleil écrasant dont les rayons
sur la poupe découverte
brûlent mes yeux
de leurs feux.
Les machines vont,
nous prennent
et sans jamais perdre haleine
nous emmènent et s'en vont.
Phelps
Morane
Départs et Escales
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